La Russie menace d’attaquer les câbles sous-marins pour couper l’internet occidental

Le président américain Joe Biden a averti cette semaine que la Russie envisageait de lancer des attaques contre des infrastructures critiques. L’un des scénarios évoqués depuis le début de la guerre en Ukraine est que Moscou attaque les câbles sous-marins afin de couper l’internet mondial. Mais ce scénario catastrophe est plus difficile à mettre en œuvre qu’il n’y paraît.
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« Sur la base de renseignements en constante évolution, la Russie pourrait être en train de planifier une cyberattaque contre nous », a déclaré Joe Biden lors d’une conférence de presse le 21 mars. « L’ampleur de la capacité cybernétique de la Russie est assez conséquente et elle est à venir ».

Biden a ajouté que « l’un des outils (de la Russie) les plus susceptibles d’être utilisés, à mon avis – à notre avis – sont les cyberattaques. Ils ont une capacité cybernétique très sophistiquée ».

Ce n’est pas la première fois, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que le président américain met en garde contre la menace de telles attaques. Le lendemain du lancement de l’invasion russe, le 24 février, Washington a annoncé qu’elle était « prête » à parer toute cyberattaque russe.

M. Biden a exhorté les entreprises américaines à « verrouiller leurs portes numériques » le plus rapidement possible pour se protéger. La crainte est que le « coût sans précédent infligé à la Russie » par toutes les dernières sanctions internationales ne pousse le président russe Vladimir Poutine à riposter en attaquant directement les pays de l’OTAN à l’aide de cyber-armes, a déclaré M. Biden.

Le gouvernement fédéral fait sa part pour se préparer à d’éventuelles cyberattaques russes.

Nous sommes prêts à aider les entreprises du secteur privé en leur fournissant des outils et des compétences, mais c’est à vous de décider des mesures que vous allez prendre et de votre responsabilité à cet égard.
– Président Biden (@POTUS) 22 mars 2022

Moscou s’est empressé de rejeter catégoriquement ces accusations. « La Fédération de Russie, contrairement à de nombreux pays occidentaux, dont les États-Unis, ne se livre pas au banditisme d’État », a déclaré mardi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Plus de 430 câbles sous-marins en danger

Les avertissements de M. Biden ont néanmoins ravivé le spectre d’un scénario de catastrophe numérique dans lequel la Russie priverait le monde entier de l’internet en attaquant les câbles sous-marins du web.

Cette perspective a été évoquée plus d’une fois, même dans les hauts cercles militaires, depuis le début de la crise ukrainienne. En janvier 2022, l’amiral Tony Radakin, chef des forces armées britanniques, a déclaré que Moscou pourrait « mettre en danger et potentiellement exploiter le véritable système d’information du monde, à savoir les câbles sous-marins qui font le tour du monde », rapporte le journal The Guardian. La théorie de Radakin a été partagée par l’influent think tank américain Atlantic Council, qui a publié en début d’année un article sur le risque que le Kremlin coupe les câbles internet mondiaux.

Plus de 430 câbles internet sous-marins représentent des cibles tentantes pour quiconque souhaite perturber la connectivité mondiale. Souvent considérés comme l’un des maillons faibles du réseau mondial, ces câbles « ressemblent à de gros tuyaux d’arrosage posés au fond de la mer », explique à FRANCE 24 Tobias Liebetrau, expert en relations internationales et en sécurité informatique à l’Institut danois d’études internationales.

Surtout, ils ne disposent d’aucune protection particulière, à l’exception de « systèmes de surveillance intégrés qui ne peuvent envoyer des alertes que si une menace se trouve à proximité », ajoute Tobias Liebetrau.

Des attaques facilement dissimulables…

« Il est théoriquement très facile de dissimuler le sabotage d’un câble sous-marin », affirme Christian Bueger, spécialiste des questions de sécurité maritime à l’université de Copenhague, au micro de FRANCE 24.

Pour endommager un câble, il suffirait qu’un navire marchand ou un bateau de pêche jette son ancre sur un câble non loin de la côte, où ces infrastructures se trouvent à un niveau de profondeur raisonnable. Des plongeurs ou des sous-marins pourraient également placer des explosifs sur les câbles ou installer des mines à proximité, qui pourraient ensuite être déclenchées à distance.

Ces opérations semblent simples, mais les résultats pourraient être potentiellement spectaculaires et très coûteux pour les économies occidentales. Dès qu’un internaute européen se connecte à sa boîte Gmail, écrit un tweet ou « aime » la publication Facebook d’un camarade de classe, ses requêtes traversent l’Atlantique via un réseau de ces câbles sous-marins.

« Ils sont vitaux si vous essayez de transférer des données vers des pays d’outre-mer », a déclaré à FRANCE 24 Emile Aben, spécialiste de la sécurité informatique au Centre de coordination du réseau RIPE, une ONG qui sert de registre régional d’adresses IP pour l’Europe et le Moyen-Orient.

Si l’hypothèse d’une attaque russe contre ces infrastructures est si inquiétante, c’est parce que « la Russie a été repérée en train de faire des recherches ou des exercices navals près des endroits où se trouvent les câbles », a déclaré M. Bueger. Des navires russes ont effectué des exercices près de l’Irlande et de la Norvège, où passent plusieurs câbles sous-marins reliant l’Europe aux États-Unis. Des bateaux de recherche russes ont également été repérés en 2014 au large des côtes du Portugal, là encore dans une zone où se trouvent une douzaine de câbles .

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